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Le confinement avec Expression

Cette lettre est née du questionnement des intervenants Expression « Que provoque chez moi la période de confinement ? » Notre parti pris a été de vous raconter une histoire, l’histoire actuelle d’Expression, qui traverse cette situation avec ses valeurs : la transparence et l’humilité de chacun, dans sa vérité singulière et dans son rapport à l’altérité et au monde.

Avant de se retrouver soi, retrouver sa famille … ou la supporter ? Défi de la matinée : participer activement à une réunion de 3 heures, assurer la continuité pédagogique du niveau CE1, du niveau Grande Section, surveiller et occuper un bébé de 2 ans aussi bien que Nina son auxiliaire préférée, préparer le déjeuner... Je me sens dans l’urgence, encore plus qu’avant, urgence de faire ce qu’il y à faire, de répondre aux mails, aux multiples messages WhatsApp ou sms, aux appels… de faire ce qu’il faut faire, en tant que mère, épouse, travailleur indépendant qui lance son activité, sœur, fille, parent déléguée…


Redécouvrir Elle et Lui

Il y a peu, Elle et Lui avait une vie bien réglée en dedans et en dehors du foyer. Aujourd’hui, Elle et Lui (re)découvrent les habitudes de l’autre puisque le dehors et le dedans s’enchevêtrent. Elle n’imaginait pas que Lui avait des réunions interminables, Lui ignorait qu’Elle était bombardée de coups de fil urgents ; Lui la surprend à boire un demi-litre de thé dans la journée tandis qu’Elle découvre inquiète qu’il fume à chacune de ses pauses... Bref, le confinement révèle que le quotidien de sa moitié, finalement, on ne la connait qu’à moitié.


Se retrouver soi ?

Je pensais entrer sereinement dans le confinement, une fois les courses faites, les documents indispensables récupérés, les logiciels installés…. J’imaginais retrouver plus de temps, pour moi, pour ne rien faire, pour les lectures mises de côté. Mais le confinement peut devenir manque. Manque de temps, manque d’espace pour le travail et le privé, manque de pouvoir prendre dans ses bras son amie qui vient de perdre sa mère, manque de sérénité face à cette toux qui persiste, manque de devoir toujours courir, …

Mon premier réflexe pour maîtriser l'étrange : faire comme d'habitude. Mais l'étrange, l'incertitude s’insinuent, insistent. Jusqu'à quand ? Pourquoi ? Cette mesure est-elle juste ? Quelles conséquences à court terme ? Pour faire face à l'inconnu, deuxième réflexe, aller chercher du connu, des expériences passées sur lesquelles m'appuyer… Et je repense à mon expérience à l'international, quand je débarquais en terre inconnue : Chine, Brésil, Inde, Russie, Turquie … Je retrouve cette délicieuse sensation de me laisser envahir par l'Autre et sa différence, de laisser mes schémas mentaux de côté pour aller à la découverte.

Le monde se déverse dans mon téléphone et mon ordinateur et vient s’écraser contre ma digue intérieure. Chacun y va de sa recette miracle, de son texto amical pour se réconforter, des petites images drôles pour contenir notre stress, de la séance de yoga virtuelle, …. Vous comprenez, nous avons pris tant de retard ! Chaque jour présent devient alors celui qui comble le temps passé. Le présent n’existe plus. Fracture. Ma digue cède enfin. Ce n’est plus la loi nationale du confinement qui me dicte mes actes ou mes non-actes, mais ma propre voix qui me souffle : « Aurais-tu peur ? Rentre chez toi, confine-toi et écoute ! ».

Un vent de panique, la confrontation à l’angoisse de l’île déserte. Tellement abasourdi que j’en oublie les amis, les obligations professionnelles, les réseaux sociaux. Un appel insistant me rappelle la réalité. Je reprends pied en écoutant cet ami qui m’annonce un lymphome… Comme cette nouvelle me bouscule, mon ami si cher, d’ordinaire si gaillard, 15 kg en moins, la tête rasée… Son énergie de vie me sort de ma torpeur. Comment réorganiser ma vie ? Quelles sont mes ressources habituelles dans chaque domaine de ma vie et comment les trouver, les réaliser autrement ? Comment être créatif avec le confinement ?


Et mon rapport à Expression ?

Je suis là, aux aguets, prêt à intervenir… L’étanchéité entre les espaces de ma vie est bouleversée, entre privé et professionnel, entre statuts de salarié et d’indépendant, entre réel et virtuel. Je suis à l’épicentre d’un séisme social, chahuté entre mes deux activités professionnelles. Mon travail d’Educateur/Pompier prend un autre sens dans un contexte de distanciation sociale. Celui d’Intervenant/Expressionniste est mis à distance par écrans interposés et doit trouver une nouvelle place. Toujours à l’entre-deux, dans un jeu de proximité/distance par rapport à l’intimité de l’Autre, avons-nous les mains propres ?

Pour moi s’est posé très rapidement la question du lieu du confinement et du choix des personnes avec lesquelles j’allais vivre ce confinement : deux décisions en lien avec ce qui relève de la sphère personnelle, intime mais qui conditionnent aussi la sphère professionnelle. Que se passe-t-il quand les sphères se mélangent ? Lorsque les temps de travail s’assouplissent ? Que se passe-t-il lorsque les contraintes extérieures deviennent fortes, non négociables et que les temps de travail en présentiel sont impossibles ? J’étais assez réticente au moyen de communication comme Skype, zoom, WhatsApp. Je découvre qu’ils permettent aussi de travailler ensemble.

Il ne nous sied pas de réagir dans l'immédiateté, nous les professionnels qui devons ralentir. Laissons-nous le temps du processus créatif pour trouver la juste réponse à cette période. Ne pas, nous aussi, faire encore plus de la même chose. Donnons-nous des espaces de réflexion pour nous redonner du pouvoir d'agir ! Et restons à l'écoute de ceux pour qui ce sera le juste moment de poser des mots !


Pourquoi vouloir en sortir … ou s’en sortir ?

Sortir de la peur fondamentale, la première, celle de la mort ! Je ne la sens pas réellement en moi, mais chez les autres pour moi ! Parce que plus âgé, plus fragile. Sortir des peurs ajoutées quotidiennement à la peur ! Tous les jours : le nombre de contaminés, le nombre de morts, chez nous, ailleurs, près, loin ... Le mètre comme étalon de la bonne distance !!! Depuis le temps que nous la cherchons, la bonne distance !!! Ils l'ont trouvé en 24 h ! Je supprime de plus en plus les informations. Je n'en peux plus de leur peur !

L'injonction de sortir grandi de cette période très spéciale me questionne. Vais-je y arriver ? Pour l’instant, je n'ai pas l'impression d’avoir plus de temps pour moi, pour me poser, réfléchir, écrire... Vais-je ensuite réussir à m'engager pour changer les choses, me battre pour améliorer ce monde qui m'apparait si complexe ?

Durant cette période où la notion de temporalité apparait toute relative, une occasion nouvelle de (ré)investir son couple se présente à Elle comme à Lui. Du confinement, pourquoi vouloir vraiment en sortir ?

Vouloir vraiment sortir du confinement pour vivre le plaisir qu’offre la vie, pas pour fuir ma solitude… Quand le confinement ne fera plus loi, alors chaque jour je me confinerai de mon plein gré pour recouvrer pouvoir sur moi-même.


Auteurs et Autrices Expression : Anne-Dominique Derieux, Betty Martin, Cédric Chevalier, Christine Olivier, Kévin Toupin, Laetitia Ricci, Manuel Herrera, Mariam Diop, Olivier Laleu et Sophie Esnouf-Fofana, mis en histoire par Jean-Paul Lebrun


Et vous comment vivez-vous cette période, qu’avez-vous envie d’en dire ?


Si vous avez envie de partager, témoigner nous vous invitons à nous contacter. Nous vous proposerons d’inclure votre témoignage dans la prochaine Lettre d’Information qui pourrait s’intituler : Témoignages des participants, partenaires et clients d’Expression »


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