Chapeau les filles !

23 Jan 2016

Mécanicienne poids lourds : est ce possible ?

 

Nous avons choisi, aujourd'hui, de laisser un espace d'Expression à l'une des participantes du dispositif «lutte contre les discriminations » que nous animons pour le Conseil Régional d'Ile de France depuis quelques années.
Au cours de ce dispositif, les participants sont amenés à réaliser « une micro-action» et à en témoigner par écrit. Mireille Bay , « Développeur de l'apprentissage » chargée notamment de promouvoir la formation et les métiers du transport de la logistique et de la maintenance au sein d'une association a accepté de nous livrer une partie de son travail. 
Elle a choisi de s'intéresser aux stéréotypes sexués et plus précisément aux difficultés que peuvent rencontrer les femmes qui souhaitent exercer un métier jusqu'à présent plutôt réservé aux hommes. 

 

Témoignage « Femmes dans les métiers masculins :
Isabel, mécanicienne Poids Lourds »

 

Dans le cadre de mon activité professionnelle de développeur de l'apprentissage, j'interviens auprès des jeunes, des prescripteurs et des entreprises. Afin de promouvoir les métiers du transport, de la logistique et de la maintenance, j'ai choisi de valoriser les femmes dans les métiers dits masculins. Souvent discriminées, elles se heurtent à de nombreuses difficultés.

Afin de faire connaître le choix professionnel d'une apprentie, j'ai prévu de recueillir dans un premier temps un témoignage sur son parcours. Dans un deuxième temps, elle interviendra auprès de jeunes pour présenter son métier et sa formation. La finalité de cette action serait de mettre en place un concours avec le conseil régional d'Ile de France, sur le modèle « Chapeau les filles » initié au Québec, consistant à faire reconnaître des itinéraires professionnels féminins dans des filières majoritairement masculines).

Isabel Peter est Apprentie 1ère année BTS Après-vente automobile option véhicules industriels. Après avoir obtenu un Bac Pro 3 ans Maintenance des véhicules (option véhicules de transport routier). Agée de 28 ans, Isabel est entrée en apprentissage à l'âge de 25 ans.

Voilà ce qu'elle a pu exprimer :

 

J'ai d'abord rencontré des difficultés pour faire accepter à ma famille le métier que je souhaitais faire. Ils ne voyaient pas d'un très bon œil que je fasse de la mécanique. Ce n'est pas un métier pour une femme, c'est trop dur physiquement, c'est très salissant... J'ai donc abandonné l'idée étant jeune mais à 25 ans, j'ai décidé de le faire finalement.

J'ai ensuite rencontré des difficultés pour trouver un patron qui accepte de m'engager, le fait d'être une femme cumulé au fait que j'ai 25 ans ne m'a pas aidé. Les réglementations imposant de fournir un vestiaire séparé lorsqu'on embauche une femme posait problème, plus la possibilité d'avoir des enfants .Un patron m'a fait, par exemple, remarquer qu'à 25 ans j'étais au moment où la plupart des femmes avait leur premier enfant et qu'il ne voulait pas prendre de risques. Lorsque j'ai trouvé, lors de l'entretien d'embauche, j'ai dû faire face à des questions et des réflexions qu'un homme n'aurait surement pas eu. Par exemple, des demandes concernant ma vie privée : est ce que je suis en couple ou célibataire, est-ce que j'ai un projet d'enfant ? Mais aussi une mise en garde sur l'interdiction d'avoir une relation avec un collègue par exemple...

Au CFA, la chose la plus compliquée à gérer a été la différence d'âge avec mes collègues pour la plupart des jeunes sortant tout juste du collège... Pas forcément toujours très matures. Et la méfiance de certains qui se demandaient si j'étais là pour la mécanique ou pour les garçons. Et aussi certaines réflexions déplacées concernant mes orientations sexuelles, du seul fait de mes choix de carrière et de ma passion pour le football. Tout cela sans me connaitre.
En entreprise, les choses les plus dures à vivre ont été la méfiance voir le refus de certains clients que je m'occupe de leur véhicule car j'étais une femme. Et le sentiment d'être toujours scrutée dans toutes mes actions, que ce soit par les clients ou mes collègues. 

Aujourd'hui dans ma nouvelle entreprise tout se passe bien. Mes patrons n'ont eu aucune appréhension à me recruter, même si je pense que mes résultats au bac ont facilité l'acceptation.

 


Dans ce récit, on peut clairement relever les difficultés rencontrées :

 

- Préjugés des entreprises sur les femmes dans les métiers dits masculins
- Questions sur l'éventualité d'avoir un enfant
- Réticence de la clientèle à confier son véhicule à une femme

 

Afin de valoriser le choix professionnel d'Isabel, j'ai prévu qu'elle intervienne pour présenter son métier et son cursus.

L'occasion s'est présentée le 23 novembre dernier lors d'une information collective auprès de 30 jeunes du pôle avenir jeune à Mantes La Jolie. Ce public spécifique n'a pas encore validé de projet professionnel. Il est très hétérogène et comporte aussi des primo-arrivants. Les organismes qui accueillent ces jeunes vont travailler sur l'axe formation/emploi. La découverte des métiers fait partie du parcours de ces jeunes. Nous étions trois femmes à présenter nos métiers : BTP/Horticulture ; Transport/Logistique/Maintenance.

L'assemblée passive n'a pas réagi à nos sollicitations et ce malgré le témoignage personnel d'Isabel. Cette expérience a néanmoins été intéressante pour elle.

Voici le retour d'Isabel pour cette 1ère intervention :

 

Mon intervention a été une bonne expérience, faire partager mon parcours était intéressant. La prise de parole en public est une situation qui ne m'est pas familière. Je trouve dommage que le public soit là plus par obligation que par choix, car de ce fait l'interaction avec est vraiment minime. Un intérêt plus grand des jeunes aurait rendu mon intervention encore plus intéressante.

 

D'autres interventions sont prévues mais ces actions seront menées auprès de plus petits groupes, en mission locale par exemple, et pour des jeunes ayant réellement choisi de participer à cette information métier. Cela facilitera les interactions et pourra susciter l'intérêt, en particulier des jeunes filles.

 

Mireille BAY, Développeur de l'apprentissage, CFATL AFTRAL, participante de la formation Lutter contre les discriminations Agir pour la diversité Construire l'égalité réelle.

 

 

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