Regard psychosociologique sur l’évaluation de la satisfaction en formation
- Expression
- 26 mars
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Pour répondre aux critères de la démarche Qualiopi, il convient de mesurer à travers une évaluation le degré de satisfaction des personnes ayant suivi une formation, sur une échelle de « pas du tout » à « tout à fait », en passant par « plutôt » et « plutôt pas ».
Dans cette perspective, si l’évaluation vise notamment à s’assurer que les objectifs fixés ont été atteints, que vient finalement raconter le taux de satisfaction d’une formation ? À quel point ce qui s’est passé était conforme à ce qui était attendu, à quel point la formation était intéressante et enrichissante, à quel point la session était agréable, à quel point les stagiaires ont été confortés dans leurs visions et pratiques initiales ?
D’un côté, l’évaluation apparaît comme un potentiel levier d’évolution professionnelle, dans le cadre de « l’initiation de démarches qualité en formation [qui] peut constituer un puissant outil de réflexion, de remise en cause des habitudes, de changement et d’amélioration des pratiques » (Laurens et al. 1998).
De l’autre, l’évaluation comporte sans cesse un risque de dérive, si elle prend le pas sur la raison d’être et les conditions de viabilité de la formation. Et pour cause : lorsque les stagiaires d’une formation sont interrogés sur leur degré de « satisfaction », cette question porte-t-elle sur le résultat ou sur le processus ? Autrement dit, s’agit-il de viser une « satisfaction client », ou de soutenir un processus de subjectivation et de professionnalisation ?
Yennek synthétise en 2015 la distinction entre le fait de mesurer l’efficacité de la formation, qui permet d’évaluer dans quelle mesure elle a atteint ses objectifs, et l’efficience, qui centre l’évaluation sur la qualité du processus sous-jacent à l’atteinte des objectifs. L’écueil serait en ce sens que l’évaluation produise un assujettissement des professionnels, au lieu de permettre de faire le point sur des pratiques qui visent au contraire à soutenir un processus de subjectivation, dans une perspective psychosociologique.
Au-delà d’une lutte collective contre le risque d’une emprise gestionnaire à un niveau sociétal, quelle fonction psychique l’évaluation peut-elle venir occuper pour les sujets professionnels ? Autrement dit, quels bénéfices secondaires pourraient-ils trouver en acceptant de se soumettre à au processus d’évaluation ?
Cette question n’a de sens que si l’on considère la complexité du psychisme du sujet qui vient s’immiscer entre les normes instituées et les comportements observables, psychisme par définition en partie opaque puisqu’une partie échappe toujours. En l’occurrence, mesurer le taux de satisfaction d’une formation permettrait de se soustraire à l’incertitude potentiellement angoissante suscitée par la question « à quoi sert mon travail ? ». Peut-être que « ce à quoi l’on croit également pouvoir échapper, avec l’évaluation, c’est au doute quant à ce que l’on fait », (Vidaillet. 2012), doute particulièrement prégnant dans les métiers du lien, où les effets sont rarement immédiatement tangibles ou observables.
En guise de conclusion, il reste à aborder la question de la satisfaction du point de vue du formateur ou de la formatrice. Dans une perspective psychosociologique, une formation considérée comme satisfaisante ne serait pas tant une formation où il a été possible de faire ce qui était prévu, d’aborder telle ou telle notion théorique en profondeur, de partager des « bonnes » pratiques ou une boîte à outils.
Il s’agirait avant tout de mettre ses compétences au service du déplacement, de l’évolution, de la transformation, au niveau tant individuel que groupal, voire institutionnel. La satisfaction résiderait donc dans le fait d’avoir pu rencontrer le groupe là où il en est, pour l’amener à se déplacer et à faire avec la complexité.
En ce sens, un dispositif de formation qualifié par les stagiaires de « confrontant, perturbant, éprouvant, impliquant » serait potentiellement plus satisfaisant qu’une formation littéralement considérée comme « satisfaisante ».
Auriane Lainé, psychosociologue clinicienne
Bibliographie:
Laurens, P. ; Domenc, M. ; Marquie, H. ; Thuau, C. ; Lagarrigue, P. ; Gourdier, A. 1998. Construire la qualité de la formation. Réflexion théorique et guide pratique, Toulouse, érès.
Vidaillet, B. (2012). Le sujet et sa demande d'être évalué : angoisse, jouissance et impasse symbolique. Nouvelle revue de psychosociologie, n° 13(1), 123-137. https://doi.org/10.3917/nrp.013.0123.
Yennek, N. (2015). La satisfaction en formation d’adultes. Savoirs, N° 38(2), 9-54. https://doi.org/10.3917/savo.038.0009.

J'adhère à cette approche psychosociologique de l'évaluation. En lisant l'article je n'ai pas pu m'empêcher de l'appréhender aussi avec une dimension psychanalytique dans laquelle est pris en compte la présence de différentes groupes psychiques permettant un déplacement. Merci pour ce partage.