Lectures d'été



C’est l’été, les vacances, moment propice pour penser et découvrir l’univers d’un auteur. Trois intervenants d’Expression vous invitent à partager leurs lectures…


Si vous avez aimé, si vous avez envie de partager vos impressions, vos réflexions, vos remarques sur ces lectures…nous vous proposons de nous adresser quelques mots, quelques phrases que nous pourrons publierons dans une lettre d’infos du mois d’octobre. Bonne lecture et bel été à tous….



Laetitia nous propose : Illégitimes, Nesrine Slaoui, Fayard, Janvier 2021.


Le récit de la difficulté d’être une femme, issue de milieu populaire et d’origine marocaine, “banlieusarde de campagne” qui avait “une revanche à prendre” après que l’un de ses professeurs lui ait dit un jour que Sciences Po, ce n’était “pas pour elle” et qui a vécu trop de discriminations, “de racisme et de sexisme”.


Au fil des pages, Nesrine Slaoui nous emmène dans un voyage. Voyage imprévu, un “bug dans la matrice”, comme elle le dit elle-même pour évoquer sa situation ; ce qu’on appelle aujourd’hui “une transfuge de classe” et qu’on aurait nommée autrefois “l’ascension sociale” si celle-ci n’était pas en panne. ”Je suis une miraculée de la reproduction sociale, un accident, une erreur sociologique”, écrit-elle, consciente d’être une exception, “La méritocratie reste un fantasme. L’inégalité des chances, l’inégal accès à l’éducation reste la norme”, dépeint-t-elle statistiques à l’appui. “Ceux que l’on nomme les transfuges de classe font, en réalité, des allers-retours permanents entre deux mondes toute leur vie. Ils sont les témoins, les cibles privilégiées, de la violence de classe”.


Ce livre est un hommage à tous ceux pour qui la légitimité demeure un combat permanent.



Karine nous suggère : « l’enfant abusé sexuellement. Du dépistage à l’intervention» par Daniel Beaune, professeur de psychologie clinique et Marie-Josée Mabire psychologue clinicienne.


Les abus sexuels déclarés à une autorité se situent aux alentours de 1 pour 1000.


Dans la majorité des cas, l'agresseur est un membre de la famille de l'enfant. Une fois sur deux, l'agresseur désigné est le père. Lorsqu'il s'agit d'un abuseur extrafamilial c'est le plus souvent un individu connu de l'enfant et de sa famille et auquel est accordée la confiance.


Il est difficile d’établir un diagnostic des troubles mais voici quelques-uns des phénomènes rencontrés. Ce sont les principaux affects ressentis par l’enfant : peur de mourir, honte du plaisir éprouvé, sentiment d'avoir été trahi et celui d'impuissance. Les conséquences de l'abus sont extrêmement variables. Elles sont psychologiques, familiales et sociales. Malgré une expression différente, un certain nombre de perturbations sont constantes : les conséquences des abus affectent profondément l'humeur de l'enfant, sa sexualité, sa stabilité, sa famille et son avenir scolaire. Le problème est plus complexe lorsque l'abuseur utilise l’affection, fait des cadeaux ou accorde à l'enfant des privilèges en échange d'acte sexuel. L'enfant apprend alors à utiliser cette sexualité comme un outil pour manipuler autrui et satisfaire ses besoins.


Il convient toutefois de ne pas négliger les conséquences de la révélation, de la décision de justice et, pour certains enfants, du statut de victime. L'arsenal médico-psycho-judiciaire peut-être responsable de l'activation du traumatisme tapis dans l’ombre.


Le livre propose des repères pour l’intervention.



Enfin Cédric, nous convie à la rencontre de Paul Fustier.


Un ouvrage pour aborder la pensée d’un pionnier de la clinique des équipes et des institutions dans le champ du travail social et du soin psychique. La rencontre avec cet auteur connu et reconnu dans le champ de l’éducation spécialisée, dont les différents ouvrages ont jalonnés mon parcours professionnel, a été particulièrement éclairante pour moi afin de penser la clinique éducative et le « faire équipe ». Ce livre contient un entretien pour aller à la rencontre de son parcours et de sa personnalité atypique, quelques articles et un petit glossaire fustiésien pour comprendre son vocabulaire imagé. Il permet de découvrir les voies qu’il a ouvertes en essayant de relier psychanalyse, sociologie et anthropologie tout en s’appuyant sur ses très nombreuses expériences d’intervention dans les institutions.