Pourquoi se former à la conduite de groupe ?


Mettre de la conscience sur la dynamique de groupe et ses effets sur les personnes


Nous avons tous une expérience de temps passé dans un groupe: dès notre plus jeune âge dans le groupe familial puis dans un groupe à l’école, dans une association sportive ou culturelle, avec un cercle d’amis, au sein d’une organisation, d’une entreprise. Notre vécu dans ces différents groupes va marquer consciemment et inconsciemment notre façon de nous positionner, d’interagir, de prendre une place dans un groupe. Les psychosociologues distinguent deux types de groupes : le groupe primaire défini comme la communauté d’individus ayant une vie commune et stable, des relations étroites entre les membres et le groupe secondaire organisé autour d’objectifs communs et de liens formels (équipes de travail, groupes de formation, club sportif). Tout groupe est composé de personnes, de sujets, aussi la réaction première est de considérer le groupe comme la somme des individualités. Or, un groupe n’est pas une simple juxtaposition d’individus mais une « totalité dynamique » qui résulte des interactions entre ses membres, des phénomènes d’attraction et de répulsion, des conflits de forces. Les individus interagissent entre eux, par conséquent les attitudes et réactions de chacun ne peuvent être analysées sans les replacer dans le contexte du groupe. Elles sont produites par la situation groupale et lorsque le groupe dépend d’une institution, de son rapport à l’institution et à la société à une époque donnée.


Pour conduire un groupe, tel que nous venons de le définir, il est nécessaire de s’intéresser à la dynamique de groupe.

La dynamique de groupe un facteur clé de la formation à la conduite de groupe


C’est à Kurt Lewin, psychologue allemand, émigré aux Etats-Unis dans les années 30 que nous devons l’expression « dynamique de groupe ». Cette dynamique, il est possible de l’explorer par l’observation et l’expérimentation.


Elle désigne l’ensemble des phénomènes qui se produisent au sein des petits groupes et l’ensemble des méthodes d’action sur les individus, la formation notamment, par le moyen du groupe. Elle concerne particulièrement les petits groupes : réunions, équipe de travail, groupe en formation, d’où l’appellation « dynamique des groupes restreints ».


Un climat de groupe peut changer la conduite d’une personne. J’observe dans les groupes des phénomènes d’imitation, de conformité, des effets de suggestion ou de contagion des émotions, qui produisent des conduites ou des réactions émotionnelles collectives. L’appartenance à un groupe nous fait également adopter, souvent à notre insu, des représentations, des normes et des valeurs. Quelle conscience avons-nous de l’existence des autres dans le groupe ? Quelle conscience avons-nous de la tonalité, du climat dégagé par le groupe dans son investissement et son engagement vis-à-vis de la tâche commune du groupe?


Lorsque nous conduisons une réunion, un groupe de travail, une formation, un groupe de co-développement, d’analyse de pratiques quelle place donnons-nous à la vie du groupe en tant que groupe ? Comment les autres perçoivent-ils les prises de parole, les silences, les désaccords, les oppositions, les fuites, les évitements ? Une place est-elle donnée pour prendre conscience de ce fonctionnement de groupe ?


Si les apports théoriques, méthodologiques, les informations descendantes ne peuvent pas faire l’objet d’appropriation, d’élaboration, d’échanges entre les participants comment pouvons-nous percevoir ce qui se passe, ce qui se joue pour chaque participant et entre les participants ? Dans le monde d’aujourd’hui, notre capacité d’adaptation pour faire face à l’incertitude et à la complexité est primordiale. Si, pour conduire un groupe, nous sommes habitués à utiliser des outils, une méthodologie, un processus cadrant, des techniques, des jeux, nous pouvons animer un groupe mais que se passe-t-il si notre contexte change, si notre cadre est malmené ?


La personne qui conduit le groupe a un impact fondamental sur la transformation individuelle et collective des membres du groupe


Le positionnement de l’intervenant – sa posture, ses silences, sa prise de parole, ses reformulations, sa présence, son énergie et son engagement, ses évitements, ses fuites, ses peurs, ses résistances, son rapport au cadre, la légitimité qu’il se donne – va influencer les autres et le groupe. L’intervenant a besoin de clarifier pourquoi il prend cette place. Est-ce qu’il l’a choisie ? Est-ce qu’il en éprouve du plaisir, de la souffrance ? Est-ce que cela s’inscrit dans un projet plus personnel, plus intime ? Qu’est ce qui l’anime quand il conduit un groupe ? En quoi cela est-il en lien avec ses valeurs, ses croyances ?


Prendre le temps de se former à la conduite de groupe permet dans un espace contenant, grâce à l’expérimentation au sein d’un groupe, de progresser et prendre conscience de ce qui est à l’œuvre pour soi au sein d’un groupe. Il devient alors plus facile de prendre conscience de ce qui se passe pour les autres pris individuellement et d’accéder à l’émergence de la vie du groupe.


Christine Olivier, psychosociologue