Témoignage sur la conduite de groupe d’analyse de pratiques :

les pensées de l'intervenante avant de se lancer….



Enfin, je vais pouvoir animer une séance d’analyse des pratiques en présentiel et pour un nouveau groupe que je ne connais pas. Bien sûr en ce joli mois de mai 2021, les participants seront encore masqués ce qui reste à prendre en compte quand il s’agit de créer des liens.… Cela fait plus de trente ans que j’anime des groupes alors, qu’est ce qui m’anime encore, aujourd’hui, quand je décide de me lancer une nouvelle fois ? Comment est-ce que je travaille le contre-transfert anticipé, c’est-à-dire, en simplifiant, tant cette notion est complexe et dévoyée, l’idée, la représentation du groupe idéal avec lequel j’aurais envie de travailler en projetant mes attentes et mes désirs sur ce groupe. L’expérience me permet de prendre plus facilement du recul, et c’est toujours une aventure qui commence surtout quand je reprends le train pour voyager et découvrir ainsi une autre région, un autre territoire. Mais, prendre le risque de conduire un groupe c’est toujours partir à la découverte de soi, des autres…des liens que nous allons tisser ensemble. En effet, je vais rencontrer des professionnels qui s’impliquent dans un travail et ils sont plus ou moins prêts à se questionner sur ce qu’ils font, comment ils le font, pourquoi ils le font ainsi, selon quelles références, quelles valeurs ? Est-ce qu’ils m’attendent ? Et oui, d’après leur responsable hiérarchique avec qui j’ai communiqué au téléphone ils m’attendent depuis près de deux ans… Enfin moi ou la mise en place du dispositif ! Pour être franche, cela me plait bien qu’ils soient demandeurs de cet espace de réflexion. sinon, l’implication et l’engagement semblent parfois difficiles voire impossibles dans certains groupes et j’en éprouve de la déception. La plainte, l’usure, la lassitude, la souffrance, la passivité, des formes de perversité envahissent ainsi les groupes et ouvrir des espaces d’élaboration autour de situations professionnelles demande de plus en plus de compétences. Ainsi, l’intervenant qui anime doit pouvoir faire avec toutes ces résistances pour dépasser ces obstacles et comprendre comment cela résonne chez lui pour pouvoir y faire face et accompagner dans ce mouvement le groupe. J’ai une représentation de l’institution dans laquelle ces intervenants sociaux travaillent et, en tant que psychosociologue, je suis consciente que connaitre un peu le cadre, le contexte mais aussi l’environnement dans lequel ce groupe va alors pouvoir fonctionner est important. De même que les personnes au travail sont en lien, le groupe est aussi en lien avec une organisation du travail et des valeurs, une histoire. Cela rend ce travail encore plus complexe et passionnant car je vais tenter de prendre en compte l’ensemble de ces facteurs même si je me centrerai sur la particularité du fonctionnement de ce groupe. Avec la pratique, je me rends compte combien cette première séance est cruciale pour mettre en place la confiance, co-créer les règles de fonctionnement et d’évaluation, le « fameux cadre » qui va délimiter notre travail. Ce qui fait sens pour moi, c’est avant tout de permettre la transformation, le mouvement pour pouvoir agir en lien avec le sens que je donne à ma propre vie mais, cela ne fait pas forcément sens pour les autres. Alors qu’attendent de ce groupe d’analyse des pratiques les participants ? En réfléchissant, je me dis que je devrais passer peut-être encore un peu plus de temps sur cette étape, sur cette fameuse analyse des demandes, attentes, besoins qui vont d’ailleurs évoluer… Je suis de plus en plus persuadée qu’il est important d’être conscients de ce qui nous anime… Pouvoir l’exprimer face aux autres, en lien avec les autres en parlant de soi avec du « je » et du « jeu » est un moyen d’accéder à cette conscience de soi et des autres. Et le travail de l’intervenant devient l’art de permettre ces questionnements et ces mouvements même s’ils ne sont pas toujours agréables à vivre et que le temps est nécessaire pour comprendre combien ils ont pu nous permettre de rester vivants. Christine Olivier, psychosociologue