« USAGES ET MESUSAGES DE L’EGALITE »

En tant que responsable, au sein d’Expression, des actions en lien avec l’altérité – Interculturalité, Lutte contre les discriminations, Égalité, Racisme, Sexisme, Laïcité, Vulnérabilité, … – j’anime de nombreuses interventions et formations auprès de publics variés, des secteurs social et médico-social, en particulier en lien avec l’égalité.

L’égalité est l’un de nos principes républicains les plus structurant. Il est inscrit dans nos textes fondateurs :

  • Article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : tous les citoyens sont « également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

  • Article 1 de la Constitution du 4 octobre 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances…»

L’égalité est un droit fondamental de la personne humaine en démocratie. Si l’égalité existe de façon formelle dans les principes républicains, elle est loin d’être acquise dans les faits. L’égalité de jure (de droits) ne mène pas automatiquement à une égalité de facto (de fait) - d’où la nécessité de mettre en œuvre des démarches équitables ou égalitaires, voire des formes de discrimination positive, afin d’atteindre l’égalité de fait. La démarche d’égalité vise à corriger les discriminations directes. La démarche d’équité vise à corriger des inégalités de départ et les discriminations indirectes pour arriver à l’équivalence des chances, en tenant compte des besoins, conditions et intérêts spécifiques. L’action du gouvernement, en la matière, est inscrite dans deux plans interministériels pluriannuels : le Plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme ainsi que le Plan national d’actions pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+.1 Les lois, plans, actions se multiplient. Pourtant, force est de constater que les discriminations persistent en France et qu’il est de plus en plus complexe d’intervenir sur le terrain ! Dans les groupes que j’anime, ces questions reviennent souvent : « Comment répondre aux personnes de mon entourage, y compris très proche, quand elles me disent je ne sais pas comment tu peux faire ce métier ! On ne peut pas accueillir tout le monde ! » « Comment soutenir mes collègues dans leurs difficultés à faire avec l’extrême vulnérabilité des publics que nous accompagnons, quand il y a une telle banalisation du racisme dans les médias ? » « Pourquoi a-t-il fallu que j’interrompe tous mes accompagnements pour donner la priorité aux Ukrainiens ? » « N’y a-t-il pas là une forme de racisme structurel ? Pourquoi fait-on pour les Ukrainiens ce que nous ne faisons pas pour les autres ? » Dans nos formations interculturelles, les professionnel.le.s apprennent les 3 temps de la démarche ; la décentration, la découverte du cadre de référence de l’autre et la négociation sur la base de valeurs communes. Au gré de nos formations, ils apprennent à se questionner, à mieux connaître leurs zones sensibles2, à identifier les potentielles zones sensibles de l’autre, sans pour autant l’enfermer dans une catégorie. Cela leur est précieux, certes, mais : « Pour aller à la découverte de l’autre, est-ce que cela peut se faire dans le cadre d’un entretien de 30 minutes ? Est-ce que cela peut se faire par le biais d’un questionnaire informatisé ? » Transformation de l’Action Publique, réduction de la dépense publique, les objectifs sont clairs : « Les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés en matière de réduction de la dépense publique impliquent de revoir profondément et durablement les missions de l’ensemble des acteurs publics que sont l’État, les opérateurs, les collectivités territoriales, les organismes de sécurité sociale. » CAP 22 .3 Notre modèle républicain est-il compatible avec le modèle néo-libéral actuel ? Emmanuel Macron annonce un nouveau projet de loi sur l’immigration pour « début 2023 » : « Nous devons réformer nos procédures pour pouvoir aller beaucoup plus vite et c’est indispensable. Il faut préserver les droits fondamentaux de toute personne mais il faut pouvoir aller beaucoup plus vite, avant toute chose, pour lutter contre toutes les pratiques dilatoires ». Le défi est lancé ! Alors ! Comment faire face à ces injonctions paradoxales ? Comment continuer à donner du sens et mettre en pratique sur le terrain les politiques publiques en matière d’Egalité ? Comment bricoler, ensemble, pour faire alliance, continuer à œuvrer pour la dignité humaine, le pacte républicain et la cohésion nationale ?

Venez en débattre avec nous, le 18 novembre 2022 de 9h30 à 12h30 au 83 Rue du Faubourg Saint-Denis 75010 Paris inscription

Laetitia Ricci – Psychosociologue, coach et formatrice

[1] Depuis le décret du 31 juillet 2020, la lutte contre les discriminations est pleinement inscrite parmi les attributions du ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, qui a notamment pour mission d’« élaborer, assurer et coordonner le suivi de la politique en faveur de l’égalité des chances dans les domaines politique, économique, social, éducatif et culturel et promeut les mesures destinées à faire disparaître les discriminations, notamment en matière d’éducation, d’enseignement supérieur, d’emploi, de santé et d’accès aux responsabilités dans la société. »

[2] « Les zones sensibles sont constituées à partir de l'histoire personnelle de chacun, sa saga familiale, sa formation professionnelle, ses appartenances socioculturelles, etc. Cette histoire personnelle construit des « images-guides », des archaïsmes, des contentieux historiques et des refoulements qui constituent autant de zones sensibles. » Cohen-Emerique

[3] Comité Action Publique 2022 - LE PROJET ACTION PUBLIQUE 2022 Lavoisier | « Gestion & Finances Publiques » 2018/1 N° 1